Chapitre 66. Bourgeonnement (2)

Je suis pris à revers par le bourgeonnement soudain de la graine mais retourne bientôt à la réalité.

En ce moment, un nuage dense de poussière dorée bloque la vision de tout le monde. Aucun drone ou superviseur ne peut voir ce qui se passe ici et Rachel s’est aussi endormie. Tant que je reste calme, je peux facilement m’occuper de tout.

Je commence à retirer Evandel de Rachel.

« Viens ici. »

« Ah, aaang. »

Evandel lutte pour rester avec Rachel mais ses yeux s’écarquillent en me voyant.

« C’est bien moi, je suis celui qui t’a élevée. »

Je la console en la serrant dans mes bras. Elle ressemble à une enfant de 3 ans mais est aussi légère qu’une plume. Elle murmure en me serrant fort :

« Papa. »

« Huh ? Non, je ne le suis pas. Quoi qu’il en soit, peux-tu reprendre la forme d’une graine, Evandel ? »

« Graine ? »

« Ouaip. Petite et circulaire, tu dois te cacher. »

« Et maman ? »

Dit-elle en regardant Rachel. Je suis un peu perplexe de l’entendre appeler Rachel ‘maman’.

« Rachel… um, maman, est très occupée. Alors… »

« Huaam. Je suis fatiguée. »

Elle baille tandis que ses yeux se ferment. On dirait que la poussière dorée de Boss l’affecte aussi. Je panique un peu, si elle s’endort maintenant, il n’y aura pas de moyen de la cacher…

Fort heureusement, elle a écouté ma requête.

Avec une lumière dorée, elle se transforme en graine géante qui flotte jusqu’à ma paume.

« Whew. »

Après avoir laissé s’échapper un soupir de soulagement, je regarde les environs.

Le terrain est rempli de la mystérieuse poussière. Kim Suho, qui résistait plutôt bien à la somnolence, est maintenant endormi. Les quelques superviseurs qui nous observaient sont aussi tombés, incapable de supporter la puissance de la poussière.

Cependant, je vais bien. C’est grâce à la fonction de défense du propriétaire d’Aether. Je peux sentir qu’il a formé une espèce de filtre autour de mes narines et de ma gorge.

Bien que respirer soit un peu difficile, je peux rester insensible à la poudre somnifère.

L’esprit clair, je m’approche de Seo Ijin.

**

La poudre de semis papillon.

Les dérivés d’élémentaires se vendent généralement pour un très bon prix. Boss ignore qu’elle est l’utilité de cette poudre car c’est la première fois qu’elle voit un tel élémentaire.

Elle est cependant une femme plutôt cupide.

Elle s’agenouille devant le cadavre du papillon et, à travers la grande blessure béante sur son corps, elle peut voir tas de poudre bleue et brillante. Ses yeux scintillent de cupidité et elle la ramasse prudemment.

« Déposez-ça. »

Une voix grave d’homme l’arrête à ce moment. Elle lève lentement la tête et voit Kim Hajin.

« …Bonjour. »

« Ce n’est pas une chose que vous pouvez prendre. »

Le visage de Kim Hajin se tord vicieusement.

Elle regarde son visage et regarde les environs.

L’air environnant est rempli de sa poussière somnifère mais, pour une quelconque raison, Kim Hajin n’est pas affecté. Aucun cadet n’est supposé être capable d’endurer la poussière dorée et, pourtant, Kim Hajin n’y parvient avec rien d’autre que son corps.

« … »

C’est étrange. Il y a trop de choses à son sujet qu’elle ne comprend pas. En ce moment, elle ressent une puissante envie de l’observer.

De sous ses pieds surgit férocement une magie noire. Cette magie forme une sphère qui les engloutit tous les deux, formant une sorte d’espace isolé. Bien qu’il soit piégé dans ce qui devrait être un espace clos inattendu, Kim Hajin ne montre aucun signe d’agitation… Non, ses mains tremblent.

Elle lui révèle son vrai visage, ce qui le fait trembler grandement.

« Tu me connais. »

Kim Hajin répond concisément :

« Li Xiaopeng-ssi. »

« … »

‘Qui est Li Xiaopeng ?’ Se demande momentanément Boss. Elle acquiesce ensuite, réalisant qu’il s’agit d’une de ses fausses identités.

« Effectivement. Alors pourquoi serais-je ici ? »

« Pour servir de superviseur, je suppose. »

« Hmm. »

Kim Hajin semble avoir un étrange malentendu mais Boss ne fait pas d’effort pour le corriger.

« …Quand as-tu découvert que je suis Li Xiaopeng ? »

« À l’instant- »

« SI tu mens, je vais te tue… non, te frapper. »

Kim Hajin tousse sèchement.

« …Lorsque j’ai pris votre montre, je vous ai vue de près. C’est à ce moment que j’ai réalisé que quelque chose clochait. »

« Comment ? »

Le Don de Jain ne peut pas être découvert si facilement. Il est presque impossible de remarquer quoi que ce soit juste en ‘regardant’.

« J’ai de très bons yeux, voyez-vous… »

En conséquence, ce que dit Kim Hajin n’a pas de sens.

Non seulement a-t-il vu au travers du Don de Jain, il a aussi vu au travers du collier. Ça ne peut pas être expliqué juste parce qu’il a de bons yeux…

D’innombrable idées traversent son cerveau. Elle arrive à une hypothèse après avoir considéré répétitivement toutes les possibilités et sélectionné le choix le plus logique.

‘L’attribut même de sa magie est l’anti-magie ?’

Si l’attribut de sa magie est l’anti-magie ou, en d’autres termes, si son physique fait en sorte que toutes puissance magique dans son corps reçoit la propriété d’anti-magie, il pourrait en effet voir à travers le Don de Jain juste avec ses yeux. Il n’aurait qu’à concentrer sa magie dans ses nerfs optiques.

Autrement dit, ça ne vient pas de son Don mais de son ‘physique’.

Ce n’est bien sûr que de la pure spéculation, une qui est extrêmement improbable à cause l’absurdité du sujet. Pour le confirmer, elle doit prudemment observer et mesurer son pouvoir.

Cependant, s’il a vraiment un tel physique, Kim Hajin est une ressource qu’elle ne peut pas perdre.

« … »

Boss s’agenouille silencieusement et s’empare du tas de poussière étalée dans le corps du papillon. Kim Hajin déglutit difficilement mais, à sa surprise, Boss lui donne la poussière.

« Je vais te donner ça, mais en échange… »

Elle s’arrête.

Son silence continue pendant un long moment. C’est parce qu’elle ne sait pas quoi dire ensuite.

-Ne dis pas de choses étranges, Boss.

La voix de Jain résonne dans ses oreilles. On dirait qu’elle observe proprement la situation cette fois.

-Si tu ne sais pas quoi dire, demande-lui juste un moyen de le contacter. Ne te précipite pas et prend ton temps.

Sa voix est solennelle, ce qui est rare.

Bien que la Troupe Caméléon connaisse déjà tous les moyens de le contacter, Boss suit le conseil de Jain.

« …Donne-moi ton numéro. »

**

Le tumultueux quatrième jour se termine et le matin du cinquième jour arrive.

Le laborieux examen final touche finalement à sa fin.

Le semis papillon est un monstre que les superviseurs ne s’attendaient pas à voir, ce qui a causé une petite perturbation, et ils se sont finalement mis d’accord pour donner aux quatre cadets qui l’ont vaincu 20 points chacun.

Les cadets rendent ensuite leurs montres d’examen avant de remonter sur le bateau en partance vers Cube. Les cadets éliminés sont déjà partis la nuit dernière alors il ne reste que 700 cadets environ.

Le bateau traverse une mer bleue.  Accoudé à la rambarde à la proue du navire, J’admire les belles vagues avant de sortir ma montre.

La Troupe Caméléon, ou Li Xiaopeng, ne m’a pas encore contacté.

Mais pourquoi Boss s’intéresse-t-elle à moi ?

« Hey. »

Chae Nayun s’approche pendant que je réfléchis.

« Quoi. »

« …Comment ça s’est finit ? »

« Comment s’est finit quoi ? »

« Le combat. Je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé après le milieu. »

Elle se gratte la joue en gardant les yeux sur la mer.

« Kim Suho a dit que ta balle a détruit les ailes du monstre… Il ment, n’est-ce pas ? »

« Évidemment, comment quiconque pourrait détruire les ailes de ce monstre avec un pistolet ? »

Dis-je honnêtement puisque ce n’est vraiment pas moi qui l’ai fait. 

« …N’est-ce pas ? C’est aussi ce que je pensais. »

Voyant que Chae Nayun est soulagée pour une quelconque raison, je lui demande :

« Pourquoi as-tu utilisé une épée au lieu d’un arc ? »

« Quoi ? C’est toi qui m’as dit de changer. Comment peux-tu être aussi indécis ? Est-ce que tu es malade ou quelque chose ? »

« Je veux dire, tu dois être flexible. C’est dangereux d’utiliser une arme à laquelle tu ne t’es pas beaucoup entrainée en combat réel. »

Si Chae Nayun avait été gravement blessée, la moitié de la responsabilité serait la mienne. Après tout, je suis celui qui qui l’a faite passer à l’épée.

« Je ne suis pas faible au point que tu doives t’en inquiéter. »

Dit-elle avec une mine renfrognée. J’acquiesce sans me disputer avec elle.

« Alors, qu’est-ce que ça fait d’utiliser une épée ? »

« Rien de spe- »

« Tu as encore peur, n’est-ce pas ? »

« …Quoi ? Q-Qu’est-ce que tu insinues ? Pourquoi aurais-je peur ? »

…Elle n’est vraiment pas douée pour cacher ses émotions. Je regarde dans ses yeux et souris. Quand elle ment, ses yeux tremblent comme animés par un séisme miniature. C’est l’une des caractéristiques uniques que je lui ai données et elle n’a pas changé dans ce monde.

« Tu vas t’améliorer si tu continues. Tu es une épéiste née. »

**

Les examens sont complètement terminés.

Alors que les autres passent leur week-end à savourer le sentiment de libération, Rachel utilise ce temps pour contempler sa vie. L’expérience mystique qu’elle a vécue sur l’île lui a donné de quoi réfléchir.

Comme ça ne semble pas être un problème qu’elle est capable de résoudre seule, elle a même appelé le Département d’Analyses de la Cour Royale Anglaise.

-Un élémentaire d’arbre ?

« Oui, j’ai vu quelque chose dans le pollen. Non, je l’ai ressentie. Je pense que ça a pu être le pouvoir d’un élémentaire. Qu’en pensez-vous, Raymond-ssi ? »

Bien sûr, ça pourrait n’avoir été qu’une hallucination. Cependant, la mémoire de ce jour est trop vive et claire. Non seulement se rappelle-t-elle du visage et de la voix de l’enfant, la chaleur qu’elle a ressentie quand l’enfant l’a serrée dans ses bras est restée dans son cœur.

-Mm… C’est possible mais il n’y a pas moyen d’en être certain. Le pouvoir des élémentaires reste encore un mystère. En premier lieu, nous ne savons pas si ce que vous avez vu Princesse est un élémentaire ou une fée.

Rachel acquiesce et demande à l’analyste avec un soupçon de nervosité :

« Alors, pensez-vous qu’un élémentaire puisse montrer le futur ? Même si ce n’est pas le futur lui-même mais quelque chose comme une portion du futur… »

-Ah, une chose similaire a été rapportée à l’académie. Ça a causé une grande agitation.

Rachel sent son cœur s’arrêter à ce moment.

« …Vraiment ? Qu’est-ce que c’était ? »

-Mm, c’était un élémentaire de type plante également. Quelqu’un s’est fait recouvert de spores de champignons avant de dire qu’il a vu une portion de son futur.

« Huk ! »

Rachel lâche un court cri. L’analyste rit légèrement.

-À en juger par cette réaction, Princesse a dû aussi voir quelque chose.

« Oui, j’ai vu un enfant. »

-…

Le silence tombe pendant un moment. L’analyste reste sans voix pendant trois minutes entières.

-…Un enfant ?

L’analyste parvient finalement à prononcer un mot avec difficulté.

« Oui. »

-Mm~ Et bien, ça pourrait être n’importe quel enfant…

« Elle m’a appelée maman. »

-Hein ?

C’est l’analyste qui lâche un petit cri cette fois-ci.

Les joues de Rachel rougissent comme si elle était embarrassée.

« Et… elle me ressemblait beaucoup. Elle ressemble à moi quand j’étais petite. »

-Uh…

« Raymond-ssi, ne pensez-vous pas que j’ai vu mon futur ? »

Sur ce, Rachel rougit furieusement.

C’était une expérience précieuse. Rachel a gravé la chaleur et le sourire de l’enfant dans sa tête. Elle sent qu’elle pourra sourire à chaque fois qu’elle pensera à elle.

Si ce qu’elle a vu est effectivement son futur, si elle va avoir cet enfant un jour… Elle sent qu’elle pourra finalement arrêter de rejeter sa propre vie.

Elle réalise à ce moment que l’analyste est resté silencieux.

« Um, Raymond-ssi ? »

-Ah, désolé. La probabilité qu’il s’agisse de votre futur, Princesse, est… très faible mais… je ne peux juste pas l’ima… l’imaginer… Auriez-vous aussi vu votre père ?

Les poings de l’analyste tremblent en répondant. Un enfant pour la princesse de 17 ans à peine. En tant que loyal servant de la cour royale anglaise, c’est une chose qu’il ne peut pas accepter…

« Non, je n’ai rien vu de tel. »

Rachel sourit timidement en évitant le regard de l’analyste.

« Mais si j’ai vraiment vu mon futur, je suis sûre qu’il y est quelque part. »

**

« Papa ! »

« … »

Une enfant plus petite que moi d’environ un mètre s’écrie avec les bras grands ouverts.

Pour l’instant je la serre dans mes bras. Pour être tout à fait honnête, elle est incroyablement mignonne mais je sais que je ne peux pas la gâter. Je dois être un bon parent.

« …Evandel, tu ne peux pas m’appeler papa, d’accord ? »

« Pourquoi ? »

Demande-t-elle en inclinant la tête.

« Mmm… Parce que les gens vont mal comprendre, tu devrais m’appeler oncle. »

« Eeeh ? Pourquoi ? »

« Uh… »

Mais je ne sais pas comment m’y prendre pour l’éduquer. Je n’ai pas d’expérience pour ce qui est d’élever un enfant. Je suis seulement reconnaissant que la semaine prochaine soit une semaine de vacances.

« Mm… pourquoi ne pas regarder un peu la TV ? Tu sais ce qu’est une TV, n’est-ce pas ?  Tu l’as vue quand tu étais petite. »

Par petite, je parle de quand elle était encore une graine. À cette époque, je laissais allumée la TV quand je sortais, juste au cas où elle s’ennuierait.

« Un ! J’aime la TV ! »

« Bien. »

J’allumé la télé et passe à une chaine d’animation qui montre un manchot avec des lunettes et un dinosaure vert.

« Woaaaa… »

Son attention se tourne rapidement vers la télé. Ses yeux étincellent et je m’assois seul à la table de la cuisine.

« …Qu’est ce que je vais en faire ? »

J’observe la poussière du semis papillon qui brille intensément sur la table de la cuisine. Je suis parvenu à m’en emparer mais je ne suis pas sûr de quoi en faire.

[Poudre du Semis Papillon]

-S’attache à une cible par magie et l’aide à éveiller une partie de son potentiel caché.

La description est simple mais deux mots-clés se démarquent en analysant la phrase. ‘Cible’ et ‘potentiel’. Ce qui signifie que la poussière peut être utilisée pour éveiller le potentiel dans les gens ainsi que les objets.

« …Dois-je la donner à Kim Suho ? »

Cette poussière est supposée donner une piste à Rachel pour son illumination et aider Kim Suho avec sa future deuxième illumination. Mais à cause de l’interférence de Boss, ni Rachel ni Kim Suho n’ont obtenu la poussière.

« Hm. »

Je vais devoir continuer à chercher un moyen de l’utiliser.

Pour l’instant, je l’emballe dans un tissu et la place dans mon tiroir.

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