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Nina 7

Apôtre

Une simple conversation, c’est ce à quoi s’attendait Nina. Au final ce furent quelques minutes de souffrance que lui infligeât Abram. Tout ça pour lui expliquer qu’elle ne devrait plus jamais venir ici sinon ça vie serait en danger. Ironiquement incroyable d’après elle. L’explication qui suivit cette logique était à la fois simple et compliquée par le côté brouillon d’Abram et de la nouveauté du savoir qu’il venait de débloquer.

«  Douze, c’est le nombre de personnes pouvant entrer dans cette classe capables de devenir un Lamelié et il y a douze apôtres. Comme dans la bible terrestre. Je n’aurais jamais pensé que mon nom serait aussi important ici, mais chaque pièce trouve sa place maintenant que j’ai vu ton arme. Reprenons, douze apôtres, douze Lameliés porteurs des apôtres. Tu es maintenant une Lamelié et ta vie est en danger. Enfin pas tout de suite, plus tard, mais difficile de dire quand exactement. Ton destin a changé en entrant dans cette classe car à présent tu devras récupérer les autres armes des Lameliés quand ils te rencontreront ou te trouveront et pour ça il faudra que tu les tues. A chaque fois que tu le feras tu pourras récupérer leur arme et renforcer ta propre force, mais ça ton épée te l’expliquera… Il faut cependant que tu comprennes quelque chose, ton épée est vivante et dotée d’une volonté propre. Tu devras lui prouver que tu es plus forte que lui car à la moindre occasion il cherchera à te dominer. Si tu réunis les douze apôtres sous une seule forme quelque chose se produir… »

Nina jette violemment la serviette dans le seau dont l’eau a rougi. Le sang à cessé de couler, mais elle gardera pendants longtemps les marques de son passage dans cette pièce. Elle fixe Judas par terre alors qu’Abram qui faisait les cents pas en racontant tout cela s’arrête au milieu du hall en voyant la réaction de Nina et le dégoût sur son visage. Effectivement, elle n’aurait peut être pas du venir dans la tour. Peut être que la nuit infernale de test qu’elle a vécu pour ça était une façon de l’empêcher d’en arriver là et elle l’a simplement rejeté comme une série de défis… mais maintenant elle se retrouve dans une sorte d’histoire à la fois biblique et médiéval ou elle devient une porteuse d’arme.
Elle met un coup de pied dans Judas toujours par terre et Abram la regarde sans comprendre un peu choqué de la voir agir ainsi envers un objet aussi précieux.

– Si j’ai bien compris, cette arme m’expliquera tout le reste ? Demande Nina.
– Oui. Il te suffira d’injecter du mana dans l’arme pour lui permettre de se réveiller. Il faut simplement comprendre que si tu souhaites rester vivante tu dois te méfier de ce qu’elle te dira, s’empresse t-il de répondre.
– Très bien. Répond Nina calmement, comme si son irritation n’avait été que passagère. Je fais comment pour transporter ce truc ? L’inventaire c’est ça ?
– Non, impossible de le transporter de cette façon, déclare Abram en se calmant petit à petit comme si son euphorie causée par le savoir était progressivement en train de se calmer à chaque nouvelle parole de Nina. Tu dois soit porter l’épée sur toi, soit en toi. Mais je vais te chercher un fourreau. Tu n’es pas encore prête pour la deuxième méthode.

Abram s’en va dans un couloir tandis que Nina réfléchit à la suite des choses. Maintenant qu’elle a cette arme c’est probablement impossible de s’en débarrasser et du nid de problème qu’elle va engendrer. La seule certitude est de savoir qu’il y en aura 11 autres comme elle qui essayeront de la tuer pour devenir plus forts en prenant son arme. Mais parmi les douze, son apôtre est sans doute le pire. Parmi Pierre, Paul, Jacques et toute la bande, il fallait qu’elle tombe sur le traître.
Nina étouffe un rire en s’allongeant sur le fauteuil et en s’étirant les jambes. Elle repense à la Terre et à ses parents. Aucun n’était un religieux, mais Judas ne devait pas l’être non plus. Encore que… comparé aux autres apôtres, lui au moins a la chance d’être le seul à pouvoir se faire appeler le tueur de Dieu.

« Et maintenant l’garçon a pris la forme d’une épée. Peut être que ce sera intéressant, peut être. »

Abram revient en lui présentant le plus grand fourreau d’épée qu’elle n’ait jamais vu de sa vie, mais pour Judas c’est sans doute le minimum. Peut être qu’il a quelque chose à compenser ce qui explique la taille. Une boutade qu’elle pourra lui faire quand il sera réveillé. En attendant elle récupère le fourreau et glisse Judas dedans avec l’aide d’Abram. Ce ne sera pas facile de le sortir de là pour se battre avec… ni même de le manipuler, mais au pire elle pourra s’en servir pour assommer les gens.
Le fourreau traîne à moitié par terre mais vu la taille, Nina ne veut même pas se fatiguer à le porter.
Elle se dirige ensuite vers la porte sans même un regard en direction d’Abram.

– Attends. Une seconde, ajoute t-il. Quand tu passeras cette porte tu ne pourras plus la repasser pendant un an. Tu ne veux pas que je rajoute quelque chose ? Tu n’as pas de question ? J’aurais pu t’expliquer certaines choses avant que ton arme ne le fasse.. C’est peut être la dernière fois que je peux t’aider en tant que professeur.. Je me rends compte que je ne sers qu’à peu de choses, mais si je peux t’aider…
– Je suis grande, je me débrouillerai, répond t-elle sans vraiment prêter attention à son inquiétude.

Elle passe la porte et la referme derrière elle d’un coup de pied sur le visage incrédule de son « professeur » qui s’attendait sans doute à plus de la part de sa première élève qui elle ne pense qu’aux futurs problèmes engendrés par la présence de Judas. Nina prend le temps quelques instants de souffler là devant la grande porte. Elle repense à Abram de l’autre côté de la porte. Elle repense à ce professeur inutile pour elle qui va rester là, à l’intérieur seul et qu’elle ne reverra peut être jamais. Peut être que pour elle ce n’est que sa journée qui est vraiment pourrie, nulle et étrange, mais pour lui ? S’il a pris le temps de lui dire qu’elle ne pourrait pas revenir avant un an c’est aussi une façon de dire qu’il ne pourra pas sortir de là pour la revoir. Il va donc rester seul avec des visites ponctuelles d’autres personnes qui auront la chance d’obtenir une arme. Il n’aura jamais d’élèves plus de quelques heures, ne donnera qu’une seule leçon, celle disant qu’à présent ils ont à la fois une bénédiction et une malédiction entre les mains. Un sentiment étrange la prend alors au ventre et à l’arrière du crâne. Un frisson la parcours alors qu’elle serre les dents, un mélange entre mélancolie, tristesse et pitié. Une sensation qui la dégoutte profondément et qui remplit sa bouche comme une odeur nauséabonde à laquelle elle est obligée de goûter.

Nina repense à Abram et à son comportement, au fait que ce n’était qu’un idiot fini qui s’est senti investi d’une mission dès qu’il a vu l’épée, qu’il était trop obnubilé par ça pour chercher à lui parler… à vraiment lui parler. Elle essaye de se raccrocher à cette idée pour échapper à cette sensation et à ses propres pensées. Maintenant il doit comprendre en tout cas et probablement regretter son sort. Regretter comme un noyé qui regarde une bulle d’air foncer vers la surface alors que les deux s’éloignent petit à petit. Douze bulles d’air et la première est déjà partie.
Nina resserre sa prise sur Judas. Elle ne serait pas revenu sur sa décision, pour lui faire plaisir, elle n’est pas comme ça. Une fois quelque chose de commencer, ne pas revenir en arrière est d’après elle une qualité à ne pas remettre en cause.
Elle repense à tout ça et ce dit qu’elle se trompe forcement, Abram n’est sans doute pas obligé de rester à l’intérieur seul jusqu’à la prochaine personne. Ou alors il a de quoi s’occuper. Ça ne la concerne pas tout ça. Il va bien, tout va bien, elle se fait juste des films comme la plupart des gens sans même connaître la réalité. Stupide, c’est tout ce que c’est. Elle ferme les yeux quelques secondes et prend une grande inspiration.
Elle réfléchit quelques instants à la suite des choses en soupesant Judas et en se disant qu’il fait quand même un alter ego encombrant.

« Inventaire »

Devant elle apparaît une sorte de fenêtre comme l’avait expliquée la guide. Rien dedans bien entendu, mais dans le coin inférieur droit elle peut voit le chiffre cent avec à côté une icône qui ressemble à une pièce d’or. C’est sans doute le moment de faire des courses. Au moins pour pouvoir faire quelque chose d’autre avec Judas que de le porté comme ça en le faisant traîner par terre. Elle s’approche de la rambarde centrale, mais en bas il y a toujours foule et donc les ascenseurs sont utilisé, mais uniquement pour aller à des étages en dessous du sien. L’idée de devoir descendre les escaliers dans le sens inverse la fatigue déjà, mais à moins de se jeter dans le vide et avoir l’espoir que le Gardien de tout à l’heure la récupère avant qu’elle n’atteigne le sol et meurt dans l’instant il n’y a pas vraiment de choix.

*

– Je veux juste quelque chose pour porter mon arme le vieux, soupire t-elle au vendeur.
– Et je te répète que je n’ai rien ici pour toi, va voir dans d’autres tours si tu veux un harnais ou ce genre de chose, répond le vieil homme sans même la regarder. Tu me fais perdre mon temps.
– Tu as quoi comme vêtements au moins ? Demande Nina qui ne se démonte pas.
– Rien pour quelqu’un armé d’une épée. Robes de magiciens et baguette magique, sceptre, peut être quelques amulettes, mais c’est tout, répond le vendeur impatient. Tu trouveras pas de magasin de vêtement ici. Va à la tour des guerriers si tu veux du matériel. N’importe où, mais il n’y a rien pour toi ici.
– Même pas quelque chose de magique dont je pourrais me servir ? Continue Nina en ignorant sa réponse.
– Tu sais te servir de ton Mana ? Répond le vieil homme qui n’en peux plus.
– Non, pas encore, dit elle en haussant les épaules.
– Alors NON ! Finit par exploser le vendeur. Tu t’attends à quoi en venant ici, que l’on t’ouvre toutes les portes comme si tu étais l’élue d’une prophétie, capable de tuer un méchant magicien dont le nom est imprononçable ? Pas de mana, pas de classe magique, pas d’équipement. Saleté de non-mage…

Nina s’éloigne du comptoir en faisant la grimace. Virée d’un magasin parce qu’elle n’est pas assez magique au goût du vendeur. C’est une première. Avec ce genre de comportement c’est facile de comprendre pourquoi la bande d’idiots ne voulait pas la laisser passer tout à l’heure. Sans doute quelque chose comme « vous êtes l’élite des grimpeurs » et cetera. Ça l’énerve vraiment que quelqu’un puisse la traiter comme ça, surtout un fichu vendeur dont le magasin est vide… mais dire qu’elle est une Lamelié semble être une mauvaise idée à partir de maintenant.
Soudainement elle a une idée. Simple, mais efficace, un vieux tour qu’elle n’a pas utilisé depuis l’enfance. Le vendeur a beau être un espèce de vieux raciste des non-magiques, il est tellement cliché dans son rôle que Nina ne peut s’empêcher d’apprécier son attitude. Cependant ça ne l’empêchera pas de lui faire une crasse.
Elle se retourne en direction du vendeur qui la fixe encore pour être certain qu’elle quitte le magasin. Elle ouvre légèrement la bouche comme si elle allait parler et frappe Judas contre une rangée de sceptres en bois dans le magasin. Cinq ou six tombent par terre et de surprise, elle se retourne rapidement et frappe dans une série d’amulettes qui tombent sur le sol et dont certaines se brisent. Nina se baisse ensuite pour essayer d’en ramasser, mais d’un mouvement improbable à réaliser si elle n’avait pas le contrôle de son arme, elle touche une lampe au plafond qui commence à tressauter et à grésiller.

Pendant tout ce temps le vendeur la regarde faire en serrant les dents, grimaçant et en train de devenir rouge de colère. Pour lui Nina n’est rien de plus qu’une gêneuse, mais il n’est pas dupe sur ce qu’elle fait et que ce n’est qu’une façon pour elle de se venger.
Elle continue encore et encore de façon répétitive avec des « oups », « je suis vraiment désolée », « C’est vraiment pas de bol » ou encore « J’ai vraiment la poisse aujourd’hui » en se servant de la taille de son arme pour toucher les produits les plus lointains autour d’elle jusqu’à ce que finalement le vendeur lui dise d’arrêter en criant et en frappant le comptoir en bois devant lui.

« Prends ça, c’est de la ficelle magique ultra résistante. Avec ça tu devrais pouvoir porter ton arme sans trop de difficulté. Si tu mets du mana tu pourras apprendre à le manipuler. Et elle portera ton arme. Maintenant casse toi de mon magasin ou j’appelle les gardes. Et si tu essayes de revenir ici je te jure que je te… »

Cette journée pourrie n’a pas l’air de vouloir se terminer, mais avec un peu de bonne volonté les choses s’arrangent.

*

Perdue dans les rues d’une ville inconnue. Les gens marchent en tout sens, sans vraiment faire attention. Il commence à se faire tard et ils rentrent probablement chez eux après des journées qu’ils considèrent comme longues et épuisantes. Sur leur chemin ils la croisent et se poussent sur le côté en voyant la taille de l’arme accrochée dans son dos et l’expression sur son visage à mi chemin entre meurtrière et déterminée. Quelqu’un pourrait se dire qu’elle est en route pour tuer quelqu’un, mais il n’en est rien. Elle aussi rentre « chez elle », même si elle n’y a jamais été. Elle a toujours eu ce côté intimidant et ne se rend même pas compte de la menace qu’elle semble représenter pour les autres. C’était le cas sur Terre et maintenant qu’elle a une arme de cette taille c’est encore pire. Pourtant elle voit des gens qui semblent bien plus effrayants qu’elle. Des armes et des armures parfois bien trop grandes, des personnes encapuchonnées armées de sceptres et à l’air menaçant, des cavaliers pressés par le temps qui passent au trot à travers la foule, …
Chacun passe son chemin sans vraiment faire attention à quoi que ce soit sauf à elle. Faut-il vraiment qu’ici aussi les gens soient effrayés ? Elle n’a pourtant tué personne. S’il suffit d’avoir une arme et la gueule ensanglantée pour faire peur, d’ici une semaine elle pourrait dominer l’endroit.

Sa chevelure épaisse est soulevée par le vent qui dépose du sel sur son visage et sur ses plaies. Elle avance en direction de l’Exile sans se presser. Elle pense rapidement à Marlène en se demandant si elle est déjà là bas et ce qu’elle peut bien faire. Le rôle de guide a l’air étrange ici. Tuteur, gardien, professeur, parent, combien d’autres doit elle remplir ?
De nulle part et comme pour répondre à sa pensée Marlène apparaît comme la première fois qu’elle l’a vu. Elle la regarde depuis le milieu de la route immobile, les mains dans le dos dans une posture à la fois respectueuse et disciplinée ce qui ne va pas avec les formes de son visage.
Nina continue sa route sans s’arrêter et Marlène se retourne et la rejoint dans sa marche.

– Comment c’est passée ta première journée au pied de la tour ? Demande t-elle comme un parent qui pose une question à un enfant, sans qu’ici le ton soit condescendant.
– J’ai failli tuer quelques archimages, rencontré un gardien, récupéré cette arme et vandalisé un magasin, répond Nina sèchement.
– Je vois, réponds Marlène avec le même ton presque désintéressé que pour la question.

Nina aimerait en savoir plus sur Marlène, mais ce qu’elle n’arrive pas à comprendre c’est son comportement détaché qui garde cependant un côté digne sans être froid pour autant. Ce détachement est difficile à briser. Même en la frappant elle n’avait reçu que de l’indifférence auparavant. Une indifférence plus grande que celle dont elle fait preuve maintenant.

– C’est une journée normale au pied de la Tour ? Demande Nina sans vraiment attendre de réponse.
– Oui et non, tout dépend de ta définition du mot normal. Si c’était ta dernière, considères tu qu’elle a été bien vécue ? Suggère t-elle en répondant à une question par une autre.

Nina ne répondra pas à cette question. Elle a connu mieux, mais aussi pire. Pour ce qui est d’être bien vécu, sans doute moins que ce qu’elle aurait aimé. Si c’était sa dernière autant la passer à regarder l’océan. Un bien meilleur spectacle que sa propre vie d’après elle… Sur un coup de tête elle décide de s’arrêter et demande à Marlène si ça ne la dérange pas d’aller voir l’océan avec elle.
Marlène la regarde quelques instants figée avant d’acquiescer et elles changent toutes les deux de direction.

Nina la regarde ensuite quelques instants du coin de l’œil, mais continue sa route sans ajouter quoi que ce soit.


 

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