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Sang noir 1

Elle le dévisage sans savoir quoi penser. Elle est encore trop irritée par les magiciens qu’elle a croisés pour avoir de la patience. Cependant d’après l’explication de sa guide elle sait qu’avoir des compétences ainsi qu’une ou deux classes est important pour survivre dans la tour. Même si elle est dubitative sur l’intérêt de tout ça, elle ne prévoit pas de partir tout de suite dans un étage monde sans faire de préparations. Pendant quelques temps elle compte poser de bonne bases en suivant la logique de ce monde et ensuite elle gravira la tour. Au mieux dans une ou deux semaines elle ira dans le premier monde et enchaînera à partir de là.
Même si elle est pressée d’atteindre le sommet de la tour, elle est encore plus pressée de quitter les autres grimpeurs qui ne font que lui rappeler que la Terre n’est pas si loin. Elle se concentre alors sur l’homme en face d’elle qui la fixe bras croisés et se contente d’attendre. Les cheveux courts coiffés vers l’arrière, une barbe de quelque jours. Un physique plutôt banal accompagné d’une chemise rouge et d’un pantalon en toile noir. Il a tout d’un humain et rien d’un professeur ou d’un gardien ou encore d’un membre du peuple de la tour de ce qu’elle ait pu voir.

– J’imagine que c’est ici pour les Lameliés ? Demande Nina dubitativement.
– Bien sûr. Appelle moi Abram, répond simplement le professeur.
– Nina. Bon, qu’est ce que je suis censée faire ici ? J’ai compris l’idée, mais pas comment ont faisait, explique t-elle.
– Tu n’as pas de question avant de commencer ? demande t-il curieux.
– Pas vraiment, déclare t-elle en haussant les épaules, mais si on doit passer par une sorte de présentation, autant le faire maintenant.

Le professeur la regarde quelques instants comme s’il cherchait à comprendre à quoi elle peut penser et par la jauger, mais finit par abandonner l’idée.

– Dans ce cas je te souhaite la bienvenue ici, commence t-il. Tu es la première élève et il faut que tu saches que toi comme moi sommes les pionniers de cette classe…
– Comment ça ? Demande Nina alors que le professeur semblait attendre une réaction.
– Tout simplement parce que je n’en sais pas bien plus que toi sur cette classe. Je suis arrivé dans la tour il y a une semaine et j’ai fini de mettre en place l’étage il y a peu. J’en suis responsable et c’est à moi que revient de m’occuper des premiers élèves..
– Amusant, annonce Nina en le coupant. Maintenant j’ai un prof qui ne sait pas ce qu’il est censé faire.
– Pas exactement, réplique t-il. Tous les professeurs commencent ainsi. Je suis arrivé ici avec la tâche de m’occuper de la classe et j’ai quelques bases, mais c’est aux élèves de créer le savoir. Dès que tu t’entraîneras où que tu feras des progrès j’apprendrai et je ferai des progrès en même temps que toi. Mes connaissances se mettront à jour à chaque fois que toi ou un autre élève passera la porte derrière toi et entrera dans ce domaine qui est le mien et j’en saurai toujours suffisamment plus que toi pour pouvoir t’enseigner et t’entraîner.
– Du coup on parle d’espionnage, un inconnu se sert de moi pour faire son travail, soupire Nina. Je vais partir ce sera mieux.
– Non. Juste les savoirs liés à la classe, ni plus ni moins, dit-il en lui faisant signe de ne pas faire demi tour. C’est un système donnant-donnant. D’un côté en tant que première tu m’offres un savoir que je peux donner aux autres élèves et de l’autre je saurai toujours qu’elle est la prochaine étape pour toi afin que tu t’améliores. Les débuts d’une classe sont généralement difficiles puisque je ne sais pas grand chose, mais chaque élève apporte sa pierre à la classe.
– Ok, ok… soupire Nina en se passant la main sur le visage et en cherchant à oublier le ridicule de la situation. Qui a inventé cette classe ? Et je commence par quoi ?
– Difficile à dire. La tour, un grimpeur, le créateur des classes n’est jamais clairement identifié. En tout cas la première étape et la seule que je connaisse et te demande de passer cette porte, explique t-il en montrant de la main un coin du hall en souriant étrangement.

Nina s’avance en direction de la porte sans vouloir en entendre plus. Elle est incapable de savoir quelle est la logique derrière les classes, la tour et le reste, mais elle sait reconnaître un piège quand elle en voit un. Surtout quand il suffit de regarder le visage d’Abram pour être mise au courant. Toute cette histoire sent beaucoup trop mauvais pour elle. Un prof qui ne sait rien. Un porte suspicieuse.
A cause de son explication elle a l’impression qu’il se sert d’elle pour en apprendre plus au lieu de lui enseigner quoi que ce soit.
Clairement, elle hésite à faire demi tour en lui faisant un doigt d’honneur et en lui expliquant ce qu’elle pense de sa classe, mais d’un autre côté…
Elle a fait 37 étages à pied, affronté un groupe d’idiots et rencontré un gardien pour finir ici… Sans parler des tests qu’elle a passés pour entrer dans la tour. Tout ça parce qu’une guide lui a dit qu’elle était faite pour cette classe. Faire demi tour maintenant serait peut être la décision la plus stupide qu’elle puisse prendre.
Elle ouvre la porte en se disant que ça vaut peut-être le coup de faire fi de ce qu’elle pense, mais derrière celle ci il n’y a que des ténèbres. Un néant qui lui ferait presque peur. Elle se retourne vers Abram, mais celui ci se contente de lui dire qu’il n’y a pas d’erreur et que c’est par là qu’elle doit passer si elle veut commencer.

Combien de temps est ce que je dois passer là dedans ? L’interroge t-elle.
Ça dépend de toi, explique t-il en haussant les épaules, mais si tu cries j’ouvrirai la porte pour que tu puisses ressortir.
Et je suis censée faire quoi ? Continue Nina sur le point de s’énerver.
Aucune idée, lui annonce t-il naturellement. A toi de le découvrir, pour nous deux.

Nina fixe les ténèbres devant elle. C’est une scène bien trop familière pour elle qui repense aux tests de ce matin. Elle se tourne vers Abram rapidement et lui dit que si dans une heure elle n’était pas sortit de là, qu’il ouvre la porte. Elle avance dans le noir lentement au cas où il y ait un obstacle devant elle. Nina entend Abram s’approcher de la porte.

“Tu veux que j’allume la lumière peut être ?” demande Abram innocemment.

Nina se tourne dans sa direction et lui dit que si c’était possible depuis le début il aurait sans doute du lui dire directement au lieu de jouer au con avec elle.

«  C’est… Il me semble qu’il y a aussi des interrupteurs sur Terre, je ne m’attendais pas à ce que tu rentres directement sans même chercher de lumière. Explique t-il. »

Il appuie ensuite sur un interrupteur sur le mur du hall et aussitôt la pièce s’illumine. Des murs blancs qui contrastent avec les ténèbres d’il y a quelques instants et qui lui demande quelques secondes pour qu’elle s’y habitue.
Une grande salle blanche et froide. Les murs sont blancs, le sol est peint du même blanc. Les angles des murs semblent même avoir été arrondis pour retirer le moindre repère visuel de la pièce.
Au centre de la pièce se trouve une chaise et une table toute aussi blanche sur laquelle trône une sphère cristalline qui émet une sorte d’aura étrange. Malgré la lumière placée au dessus de la table et de la chaise qui inonde la salle d’une lumière tout aussi blanche que les murs, il n’y a aucune ombre dans la pièce. Nina se retourne pour regarder le sol, mais même elle aussi ne semble pas avoir d’ombre. La pièce est dénuée de vie. Ce blanc est anormal… Cette pièce est anormale. Au point qu’elle ait l’impression que sa présence ici soit une erreur. Il n’y a pas de sensation de pureté, juste une sensation de vide monochrome dont elle ne veut pas faire partie, dont elle veut partir rapidement.

Abram derrière elle lui souhaite bonne chance et ferme la porte sans attendre une quelconque réponse et Nina se retrouve seule, enfermée dans ce nouvel enfer des sens, où la vision et le son semblent avoir disparus. Elle avance en direction de la chaise sans se presser, mais la pièce étouffe le son de ses pieds sur le sol blanc. Nina frappe dans ses mains et le son ne se répercute sur rien et disparaît aussitôt. Elle aimerait tellement avoir quelque chose qui lui permettrait de couvrir ce blanc froid et hideux, mais à moins de s’entailler le poignet pour mettre du sang sur les murs et le sol elle ne pourrait rien faire de plus.
Elle abandonne l’idée d’un simple mouvement de la tête et s’avance en direction de la table. Elle s’assoit dans la chaise qui semble fixée au sol et regarde la sphère en cristal devant elle.

Elle soupire en se demandant ce qu’elle doit faire et touche la sphère puisque c’est la seule chose dans cette pièce qui semble avoir un quelconque intérêt. Elle essaye de la tapoter du bout de son ongle, mais rien ne se passe. Elle essaye de la faire bouger, mais il ne se passe rien. Finalement elle l’attrape complètement pour essayer de la soulever, mais impossible. Au moment de retirer sa main elle se rend compte qu’elle ne peut pas. Sa main semble collée à la sphère et celle ci commence à émettre un son grave qui s’amplifie comme une sorte de vielle machine qui s’allume.

Elle se lève de sa chaise brusquement et tire, mais sa main semble être collée. Elle regarde la sphère et se rend compte qu’un liquide noir semble sortir des endroits où sa main est complètement collée. Le bruit continue de s’amplifier et devient assourdissant tandis que le liquide noir continue de se répandre à l’intérieur de la sphère de plus en plus vite.

Elle ne comprend pas ce qui se passe mais elle veut reprendre le contrôle de sa main. Quoi que soit en train d’aspirer la sphère, elle n’aime pas ça. Elle essaye de la frapper en se servant de la paume de sa main libre, mais rien ne se passe et sa main reste collée. Elle tire de toute ses forces en criant à Abram de revenir, mais la salle et le bruit venant de la sphère semble étouffer son cri. A l’intérieur de la sphère cristalline, de plus en plus de cette substance noire se répand comme de l’encre dans de l’eau. Chaque pore de sa main semble en contenir et se fait aspirer. Elle commence à sentir que la sphère qui aspirait ce qu’il y avait dans ses mains jusque là remonte de plus en plus. Le long de ses bras de ses épaules et ainsi de suite en continuant petit à petit à puiser dans son corps cette substance noire. Impossible de savoir ce qu’elle est en train de perdre, mais elle n’aime pas ça du tout. C’est l’épreuve de trop pour elle aujourd’hui. Lui prendre quelque chose en elle.

Elle décide alors d’utiliser sa tête à sa façon. Même si ses mains recouvrent un bonne portion de la sphère elle frappe le sommet de la sphère avec le haut de son front pour essayer de la briser. Sa tête ne se colle pas et le choc ouvre une plaie dont du sang s’éparpille autour d’elle en gouttelettes sur la sphère.
Elle n’a pas mal, mais la sensation d’être piégée comme un insecte dans du papier tue-mouche l’enrage. Elle frappe encore et encore avec sa tête, mais rien ne se passe. Elle ne réussit qu’à agrandir sa plaie et à en ouvrir une autre tandis que sa tête se met à tourner à cause des chocs répétés. Malgré ça le sang continue de couler et le liquide noir continue de se répandre dans la sphère.

Elle ne se brise pas. Son front continue de s’abîmer et de répandre du sang dans la pièce qui n’est plus aussi blanche maintenant, mais le son venant de la sphère continue de s’accroître au point qu’elle ait même du mal à s’entendre penser. Après un peu plus d’une dizaine de tentatives elle s’arrête, sonnée. Elle regarde l’intérieur de la sphère entre ses mains et voit le liquide noir qui s’agite et qui forme une sorte de tourbillon qui tourne de plus en plus vite la substance. Soudainement ses mains commencent à chauffer et cette sensation se répand dans tout son corps comme si cette chose voulait s’assurer d’aspirer jusqu’à la dernière goutte en elle.
Au moment où la sensation ressemble à celle d’une brûlure, la sphère finit par la relâcher.

Elle fait quelques pas en arrière en regardant ses mains, mais elles n’ont rien. Elle regarde la sphère au centre et dans laquelle le liquide continue à tourner encore et encore. Nina s’avance et frappe la table de son pied, mais elle ne bouge pas d’un millimètre. Le bruit continue de croître encore et encore, inlassablement alors que le liquide semble tourner de plus en plus vite.
Nina lâche un « bordel de merde » dans les airs en se demandant ce qu’il se passe et se frotte le front alors que du sang continue de couler sur son visage et dans ses yeux. C’est assez clair qu’Abram ne viendra pas malgré les cris. Elle regarde la sphère qui continue même si Nina est incapable de savoir ce qu’elle fait. Le liquide noir à l’intérieur forme une sorte de nuage d’orage qui continue de tournoyer.
Ce truc était vraiment à l’intérieur d’elle ? Plusieurs questions tournent dans sa tête, mais elle est incapable de trouver une seule réponse à ce qui se passe. Elle regarde le reste de la pièce mais rien n’a changé, les murs sont toujours aussi blancs, le sol aussi même si par endroit il y a quelques traces de sang et la sphère continue de s’agiter et le bruit de grossir au point de se demander comment est ce que c’est possible qu’elle ne soit pas encore sourde.
Le tourbillon aspire alors complètement le liquide noir et quelques instants. La sphère se met aussitôt à craqueler comme pour se briser, mais l’image que voit Nina est totalement différente. Elle voit quelque chose qui semble sur le point d’éclore comme un oeuf et elle ne comprend pas quoi. Elle regarde le mur derrière elle où est censée se trouver la porte, mais il n’y a ni interstice, ni poignée pour la faire sortir de là. Elle ne peut apparemment pas fuir. Elle attrape la chaise encore au centre de la pièce, mais se rappelle qu’elle est fixée au sol. Il n’y a que la table avec cette fichue sphère.
Nina hésite à s’avancer, mais fini par reculer en sachant pertinemment que la sphère ne va pas tarder à « éclore ».

Elle recule dans un coin de la pièce en continuant de fixer la sphère-oeuf alors que les craquements deviennent plus rapides et deviennent de plus en plus forts jusqu’à atteindre le moment fatidique.

La sphère explose et un nuage noir recouvre entièrement la pièce. Nina ferme un œil et essaye de protéger l’autre avec ses mains en essayant de comprendre ce qui se passe, mais c’est comme si une sorte de tempête avait décidé de se mettre en mouvement dans la pièce. Un nuage tiède inodore se répand en frappant les murs de la pièce comme un vent de tempête emportant la brume. Nina peut apercevoir la table et la chaise à travers tout ça, mais elle ne comprend toujours pas ce qui se passe. Elle pose un genou au sol alors que le vent semble tourbillonner vers le centre de la pièce en faisant trembler la pièce.
Au fond d’elle malgré toutes les questions auxquelles elle aimerait avoir des réponses, il n’y en a qu’une qui commence à l’obséder.
Même si le nuage noir tourbillonnant ne lui fait rien, elle se demande quand est ce que tout ça va s’arrêter. Quand est ce que cette journée pourrie va finalement finir.

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