(Ceci était une récompense du concours. En gros c’est le lancement d’une série annexe sur l’univers de TM.
Vu que c’est le début, c’est important de me dire ce que vous en pensez que je sache si l’histoire va dans la bonne direction d’après vous et si ça vous intéresse. C’est un style un peu plus travaillé que TM avec lequel je suis plus à l’aise. Enfin bref, je vous laisse juger. Bonne lecture !)

Chaos et Renaissance.

Les mouettes crient au loin, des silhouettes battent le pavé sans se retourner, discutant et riant. Des conversations futiles qui déchirent ses oreilles comme si elle n’était qu’un nouveau né encore trop jeune pour comprendre ce qu’il se passe autour d’elle. Voilà ce que donne « sa » renaissance : un chaos absolu et inutile où son esprit cherche à comprendre ce qu’il se passe autour d’elle. Un peu comme si sa tête avait décidé à sa place qu’elle ne pourrait pas échapper à cette nouvelle réalité. Une renaissance inutile, futile. Comme si rien n’avait changé entre avant et maintenant. Toujours le même corps, toujours la même tête et le même visage. Elle ne le voit pas, mais elle peut le sentir. Elle regarde ses mains alors que sa vision s’ajuste. Des mains fines et des doigts qui se rapprochent le plus de son idée d’élégance. Pas de bagues, pas de vernis, juste ses mains et une petite cicatrice sur le petit doigt de sa main gauche.

Elle regarde le sol pavé, rien d’anormal, rien qui ne sorte de l’ordinaire, c’était bien la peine de venir si tout ce qui l’entoure n’est pas différent de cette vie qu’elle a quitté. Le sol est froid, légèrement humide et mouille son pantalon noir au niveau des genoux. Elle regarde la paume de ses mains où se trouvent des copeaux de pierre et de terre tandis que l’air de l’océan atteint ses narines.
Elle se frotte les mains et les sèche sur un bout de son haut noir.

Le vent souffle avec violence ici et elle passe ses mains dans ses cheveux touffus et noirs pour les tirer vers l’arrière. Comme si la seule direction possible pour eux était de partir en direction du bas de son dos. Un geste qu’elle a répété des centaines de fois par le passé et qui avait fini par être compris par ses cheveux qui obéissent sous ses doigts et se rabattent sur sa nuque pour retrouver leur place le long de son dos en atteignant presque le bas de celui ci. Une crinière de lion d’un noir aussi sombre que la nuit.
Elle se redresse en posant un pied nu sur le sol glacé puis un deuxième. Elle frotte ses genoux puis le reste de son corps comme pour s’assurer que tout est bien. Ses bras, ses muscles, ses seins, ses hanches,.. Rien n’a changé tout est là.
Elle regarde autour d’elle avec des yeux encore inaccoutumés à la lumière comme si elle ne l’avait pas vu pendant longtemps et c’est le cas. Pour elle la nuit a été longue, plus longue que toutes les autres nuits qu’elle aurait considérées comme longues avant celle ci, mais ici tout le monde s’en fout. Les gens continuent de passer dans des accoutrements parfois étranges avec parfois des armes à la ceinture. Elle regarde derrière elle, mais il n’y a rien d’autre que l’océan et des vagues qui roulent jusque sur les rochers formant la sorte de jetée où elle se trouve. Pas de porte, où même de signe quelconque montrant qu’elle arrive d’un ailleurs qui n’a rien avoir avec ce qui l’entoure ici.

Elle regarde ensuite devant elle de ses yeux bleu clairs et regarde la Tour. Celle ci semble beaucoup plus grande que ce qu’elle avait imaginé, plus large…
A droite et à gauche il y en a d’autres, mais plus petites. Même si elles semblent aller très loin en direction des cieux, elles ne peuvent pas être comparées à la Tour au centre qui semble ne pas avoir de fin.

Elle aspire une grande bouffée d’air et s’étouffe presque à cause du froid qui traverse sa gorge. Sur sa peau le vent ne la dérange pas, mais c’est différent quand il rentre dans ses poumons. Elle tousse rapidement et continue de regarder le paysage qui l’entoure : de grandes maisons, de longs chemins qui s’étalent sur plusieurs kilomètres, pas de verdure de ce côté ci en tout cas. Elle n’a rien contre l’océan, mais elle ne partage pas vraiment l’intérêt des poètes et des écrivains pour ce qui est d’après elle un grand bac de flotte. C’est sans intérêt spirituel et littéraire pour elle , mais le rythme des vagues et le mouvement l’apaise même si elle ne l’avouera pas. Il y a une forme de magie qu’elle ne peut pas rejeter dans un tel spectacle et qu’elle ne comprend pas.

Une femme devant elle portant un long manteau la regarde avec un demi sourire amusé sur les lèvres, mais elle s’en moque. Après la nuit qu’elle vient de passer, enfin si ce n’était qu’une nuit, elle a bien le droit de souffler un peu avant qu’on ne vienne lui dire ce qu’elle doit faire à présent. « Grimper la Tour ! », « Cinq ans ! », « Blabla ! ». Si elle a le droit à cinq ans elle peut bien prendre cinq minutes maintenant. Ses pieds résonnent sur le pavé tandis que la brise venant de l’océan la fait frisonner. Elle s’installe sur le bord de la jetée et décide de profiter du spectacle comme si de rien n’était. Regarder l’océan est beaucoup moins agressif que de regarder d’autres humains faire des trucs… d’humain.

Une sacrée nuit qu’elle vient de passer. Difficile de dire ça autrement. Elle a arrêté de compter après la dixième épreuve, mais elle a eu de quoi faire. Difficile de croire que quitter la Terre soit quelque chose d’aussi difficile. Elle aurait peut être mieux fait de se tirer une balle, plus rapide et plus simple que tout ce qui l’a retourné pendant la nuit. Avec quoi est ce qu’elle a commencé déjà ? L’ordre était d’escalader une montagne si elle ne se trompe pas. Sans chaussures c’était vraiment difficile, mais comme par miracle à la deuxième épreuve ses pieds avaient retrouvés leur état d’origine. Pas de coupures, de cheville tordue, de genoux égratignés. D’autant plus pratique puisqu’elle devait traverser un champ de bataille médiévalo-fantastique en courant. Vu la confusion elle était à deux doigts de laisser tomber. Impossible d’attraper une arme par terre où de se battre, mais elle a assez vite remarqué que personne ne pouvait la toucher ou ne pouvait la voir. Après ça ce fut un jeu d’enfant il suffisait d’aller tout droit, enfin pendant au moins une heure. Ironiquement une fois de l’autre côté la bataille s’arrêta subitement et le nouvel ordre fut de faire demi tour et de traverser la zone recouverte de cadavres. Marcher dans les tripes et sur les corps n’est franchement pas la meilleure expérience de sa vie, surtout en étant pieds nus, mais ce n’est pas comme si elle était limitée par le temps. La vision d’une plaine recouverte de cadavres n’est pas très poétique en tout cas, mais ce qui était le plus révulsant reste l’odeur.

Après cela il y eut l’épreuve de la douleur si elle se souvient bien. L’ordre était « Endure » ce qui est relativement stupide maintenant qu’elle y pense. Bien sûr elle aurait pu se suicider, mais dans une plaine verdoyante et sans un rocher à l’horizon comment est ce qu’elle aurait pu faire ? C’était sans doute plus proche de la torture que d’un vulgaire test. Pour faire simple, elle avait une sorte de serpent à l’intérieur du corps qui pouvait aller où il voulait, dans ses bras, ses jambes, sa tête et ainsi de suite et à chaque mouvement c’est comme si son corps lui suppliait de se suicider pour échapper à la douleur. C’était… éprouvant, elle pourra dire ce qu’elle veut, mais cette partie là était vraiment difficile. Même en essayant de frapper l’endroit qui lui faisait mal pour tuer cette espèce de serpent ça ne changeait absolument rien comme si c’était une douleur fantôme qui ne pouvait pas être arrêtée. Ce test là ne dura une dizaine de minutes et ensuite il y eut la chambre où on lui demanda de tuer quelqu’un, plutôt facile celle là, le gars en face d’elle était un gars lambda qui était resté immobile tout du long. Pas de réaction et des armes attachées à tous les murs de la pièce.

Les autres tests après celui de la douleur étaient vraiment simples : se jeter du haut d’une falaise, remonter à la surface d’un lac sans perdre connaissance. Dire adieu aux gens qu’elle connaissait sur terre fut le plus simple… comme si elle allait regretter une vie sans substance entourée par des idiots.

Enfin le dernier test fut vraiment horrible. Pendant plusieurs heures elle a été prisonnière d’une sorte de pièce vide et noire dont elle ne pouvait pas sortir. Une prison sans aucun bruit ni objet, froide. Dénuée d’odeurs et de repères. Impossible de dormir pour passer le temps et cela pendant ce qui sembla être une éternité pour elle.
Tout ça pour finir dans une pièce avec un gars lui demandant son nouveau nom et en lui expliquant à quoi elle s’engage avant de signer et de finir par entrer dans la Tour.

Maintenant elle regarde l’océan et ça la détend. Elle ne voit pas pourquoi elle a subi tout ses tests ni pourquoi elle s’est contentée d’obéir sans même réfléchir aux consignes, mais après le deuxième test c’était difficile de croire qu’il y avait un sens à tout ça de toute façon. Peut être que le but était de la transformer en une sorte de psychopathe incapable de ressentir quoi que ce soit, un petit soldat parfait pour grimper. Elle a beau être forte mentalement, tout ça fait beaucoup. Une nuit en enfer parce que la tour l’a décidé. Enfin au moins ici on la laissera tranquille et on arrêtera peut être de gérer sa vie. Intérieurement elle espère que ce sera le cas, mais quelque chose lui dit qu’on va continuer à lui donner des ordres et lui dire de faire ceci ou cela sans qu’elle ne puisse avoir son mot à dire.

Elle pensait vraiment que la tour l’emmènerait dans un endroit où il n’y aurait pas d’autres humains. Son aversion pour l’humanité c’ est ce qui l’a fait tenir jusque là, mais en quelques secondes après avoir rouvert les yeux, elle a bien compris qu’elle s’était trompée. Quoi qu’elle fasse elle n’échappera sans doute pas à la race humaine.

Le vent froid lui fait du bien et ses mains tremblent malgré elle. Ses nerfs ont été mis à rude épreuve pendant la nuit et elle ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi difficile de rentrer dans cette fichue tour. Malgré cela elle ne sait pas si c’est le froid ou juste le stress qui la fait trembler même si elle aurait un penchant pour le second.
Ses joues rosissent au contact de l’air frais tandis que quelques mèches de ses cheveux se balancent au gré du vent et qu’elle frisonne à chaque nouveau tremblement. Même si elle essaye de ne rien laisser paraître, elle ressasse les images et les sensations qu’elle a subit sans réussir à se calmer.
Elle regarde l’horizon pour oublier que derrière elle se trouve encore des humains. Elle aurait tellement aimé finir avec des aliens ou autre chose, mais il fallait qu’elle tombe sur les autres grimpeurs.

Elle peut entendre un bruit de pas dans son dos et intérieurement elle sait très bien que c’est la femme qui l’a dévisagé un peu plus tôt quand elle s’est levée qui s’approche d’elle. Difficile de savoir quoi penser d’une inconnue, mais après la nuit qu’elle a passé, elle n’aura sans doute pas de patience.

La femme s’assoit par terre à côté d’elle comme si de rien n’était alors que de son côté elle la fusille du regard de la déranger.

« Nina c’est ça ? Je serai ta guide ici, au pied de la tour. Heureuse de faire ta connaissance. »

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