Chute dans les abysses.

« Tu vas finir par descendre de là ?!! »

Emy crie depuis la plage en direction d’Icare.
Depuis plusieurs minutes elle n’a plus personne à affronter, les guerriers ont fui à l’intérieur du village pour lui échapper et il ne reste plus que des corps autour d’elle tandis qu’elle regarde en direction du ciel.
Icare semble la dévisager comme si de rien n’était.

  • Je dois dire que je suis impressionné, je ne m’attendais pas à trouver quelqu’un comme toi ici, mais tu as perdu, le village est condamné, même si tu tues tout le monde il sera trop tard et c’est sans doute déjà le cas.
  • Plutôt que de perdre du temps à parler avec toi, je pense que je vais juste couler les Drakkars pour m’occuper. On pourra reparler après.

Icare grimace une nouvelle fois. Il regarde ensuite en direction du ciel où des nuages noirs ont fini par se rassembler. Il tend les mains en direction de la plage en répétant une incantation dans sa tête. L’électricité commence à s’agiter entre ses mains et s’accumule petit à petit. Sur la plage Emy cherche quelque chose à lui lancer et se sert des armes qu’elle trouve, mais quoi qu’elle puisse lancer, la distance lui permet d’esquiver facilement toutes les attaques.
Soudainement Icare envoit un arc électrique en direction de la plage. Emy esquive le rayon, mais celui-ci commence à la suivre en labourant le sable.
Elle continue de fuir l’attaque en gardant un œil sur Icare et celui-ci ne tarde pas à diviser le faisceau d’électricité en deux. Il en change la direction en se servant de ses deux mains pour essayer de la piéger. Cependant Emy continue d’esquiver sans difficulté l’attaque et jette des projectiles dans sa direction pour le blesser mais en vain.
D’un côté comme de l’autre rien, aucune des attaques ne semble fonctionner, mais pour Icare c’est sa dernière attaque, il ne dépensera pas plus d’énergie et de munitions contre une ennemie qui ne prend pas de dégâts. Il dirige alors un faisceau en direction du ciel pendant quelques instants.
Les nuages comme pour lui répondre semblent accumuler de l’électricité à l’endroit le plus proche de la fin du rayon jusqu’à ce qu’un éclair le frappe et inverse le courant dans l’autre sens en direction d’Icare, puis un autre éclair et encore un autre comme s’il venait de se changer en paratonnerre canalisant toute l’énergie que le ciel pouvait lui offrir. Passant à travers son corps le rayon dirigé vers la plage triple de volume et se divise en deux puis les deux se divisent eux même à chaque nouvel éclair frappant Icare et ainsi de suite comme si le processus n’avait pas de fin. La plage baigne dans la lumière et les corps des guerriers morts tressautent sous les décharges de plus en plus nombreuses.

Emy ne peut pas esquiver une telle attaque entièrement. Elle se cache derrière son bouclier, mais chaque rayon qui la frôle traverse son bouclier et arrête de se déplacer, un à un les rayons alentours disparaissent et celui fixé sur elle devient de plus en plus gros, passant implacablement à travers son corps en le brûlant. Malgré la régénération Emy sait qu’elle ne tiendra pas indéfiniment. Son état physique se dégrade plus vite qu’il ne se régénère. Il faut qu’elle endure, c’est un duel d’endurance entre elle et Icare et elle le sait tout autant que lui.

Une détonation retentit alors dans le ciel et l’attaque cesse aussitôt.

*

Bingo. J’aurais bien aimé continuer à regarder le spectacle son et lumière que propose Icare, mais c’était la seule occasion que j’avais de l’attaquer. Icare était immobile tout le temps de son attaque. A partir de là il a suffit de préparer un tir d’arbalète. Pour ne pas prendre le risque de perdre cette occasion j’ai décidé de me servir de la bombe à aiguilles et je pense avoir fait le bon choix. La bombe a explosé dans son dos, mais suffisamment près de lui pour que ses ailes soient trouées et que son dos en soit recouvert. Sans armure efficace il n’avait aucune chance.
De mon côté je me suis caché derrière le mat du navire pour ne pas recevoir d’aiguilles. Emy derrière son bouclier ne devrait pas être en danger. Une fois les aiguilles tombées, je regarde en direction du ciel.

Icare est déjà en train de tomber en direction de l’eau du port et je jette un coup d’œil sur Emy qui se redresse petit à petit en me regardant surprise. Icare frappe l’eau du port violemment. Il a fait une chute d’au moins cinquante mètres et je ne sais pas s’il va s’en sortir vivant avec la dose de poison qu’il a pris. Je vérifie que Micha va bien à travers le lien et je constate que celle-ci s’est cachée dans une ruelle proche de la plage pour échapper aux éclairs. Elle me rassure à travers le lien en tout cas et vu que l’attaque est presque finie et qu’il ne reste plus qu’a sonné le cor je souffle un peu. Et alors que je pense que c’est la fin, je peux voir un nuage noir et rouge sortir de l’eau et foncer dans ma direction et dans celle de Micha. Le nuage me percute en plein torse, mais cette fois ci cela ne prendra qu’une seconde.

Je tombe à genou et me frotte le torse soufflé. Même si ça n’a duré qu’un instant la sensation de ce truc me traversant le corps est extrêmement brutale. C’est un peu comme si je me faisais transpercer par de l’eau à haute pression. La sensation est extrêmement désagréable et je peux sentir qu’à travers le lien mes animaux partagent ce sentiment. J’aimerais vraiment savoir pourquoi ça m’arrive, mais même la secrétaire ne voulait pas me le dire et j’imagine qu’à force d’arriver je finirai par comprendre. En attendant je pense clairement que c’est quand je tue un autre grimpeur que ça arrive. Léon était la première personne à mourir de mes mains, mais le nuage n’est pas apparu quand j’ai tué les guerriers ce soir et la seule chose que Léon et Icare pourraient avoir en commun c’est qu’ils sont soit tous les deux « méchants » soit qu’ils sont tous les deux grimpeurs. J’aurais besoin d’une troisième personne pour savoir, mais ce n’est pas comme si je souhaitais la mort d’une troisième personne.
Je me relève en titubant alors qu’Emy atterrit à côté de moi après avoir sauté depuis la plage. Elle a l’air d’aller bien même si elle a encaissé l’attaque d’Icare.

  • C’est un peu de l’anti-jeu de pouvoir finir le combat comme ça, tu sais ?
  • Je…. Tu aurais préféré… que je m’abstienne… ?
  • Ça va ? Tu n’as pas l’air bien ?
  • Je… Laisse moi une minute.
  • C’est à cause de cette espèce de nuage noir qui est sortit de l’eau pour aller dans ta direction, qu’est ce que c’était ?
  • Pas la moindre idée… mais je pense que ça veut dire qu’Icare est mort.
  • Et en plus tu l’as tué en un coup ? Pff, tu me fais passer pour une novice tu sais ? Sinon, tu es toujours en état de te battre ? On a encore le village à sauver si ce n’est pas trop tard, il reste la moitié des guerriers, mais je pense qu’on peut s’en so…. Oh ?!
  • Prends ça. Laisse moi le temps de descendre du navire et souffle. Ça devrait les faire partir.

Emy me regarde alors en souriant et j’ai l’impression qu’elle est à deux doigts de sauter de joie en comprenant ce que ça signifie. Je la laisse avec le cor de guerre et me dirige vers la plage en sautant dans l’eau froide. Les quelques guerriers encore présents après la tempête se mettent à courir dans les rues du village en criant qu’Icare est mort.
Je récupère Micha en me baissant et lui caresse la tête avant de la remettre dans sa poche en cuir. Aussitôt, Emy depuis le navire commence à faire résonner le cor et je décide de grimper sur un toit pour ne pas me faire remarquer. Un à un les guerriers reviennent sur la plage en courant et se dirigent vers les Drakkars tandis qu’Emy continue de faire sonner le cor sans s’arrêter.
Le village se vide rapidement et les guerriers remontent sur les Drakkars par paquets de dix. Certains demandent où se trouve le chef et s’il est vraiment mort, mais sans avoir de réponse. Depuis une des barricades les gardes et les pêcheurs se redressent comme s’ils ne croyaient pas que ça puisse être la fin et crient de joie. Emy finit par lâcher le cor de guerre et saute sur la plage parmi les guerriers. J’ai l’impression qu’elle n’est pas vraiment satisfaite par la vitesse à laquelle ils partent.
Elle utilise son cri de guerre et frappe des guerriers avec son marteau et sème la panique.
Il n’y avait déjà pas beaucoup d’ordre, mais à présent les guerriers fuient comme des fourmis sur la plage et retournent sur les navires.

J’imagine que c’est bon maintenant, c’est fini. Le raid est terminé.

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