L’heure du réveil.

L’entraînement est plus compliqué que je ne l’imaginais. Guider à la fois Micha à travers le labyrinthe et demander à Juliette d’effectuer telle ou telle action fut plus éprouvant que prévu. Je n’avais rien à faire physiquement, mais utiliser le lien de cette façon est très fatiguant. Surtout que je ne dois faire attendre ni l’une ni l’autre pendant trop longtemps. Micha ne m’en voudra pas pour ça, mais Juliette est du genre rancunière..
En m’attendant elle s’est purement et simplement mise à dormir en attendant que je lui dise quoi faire ce qui est un peu irritant.
Même si elle apprécie les jeux, j’imagine que celui-ci ne lui plait pas beaucoup. Ramener la balle rouge, bouger un cube de dix centimètres sur la gauche et ainsi de suite a plus l’air d’un travail que d’un vrai jeu. Et pour un serpent qui n’a pas de bras ou de jambes pour l’aider c’est encore plus difficile.
Gérer deux liens en même temps demande vraiment beaucoup de travail. Et je ne m’attendais pas à ce que ce soit compliqué à ce point. En attendant et grâce à la carte, j’ai presque eu l’impression de visualiser de plus en plus clairement l’intérieur du labyrinthe, un peu comme si c’était moi qui y était.

Fae finit par se réveiller au bout d’un moment et me demande comment ça se passe. Surtout pour Micha d’ailleurs comme si elle semble au courant de quelque chose, alors je lui explique ce que je commence à ressentir depuis un moment puisque ça me semble important, elle se contente de sourire et me demande de me concentrer dessus. En me servant du lien je commence à essayer de visualiser l’intérieur du labyrinthe et petit à petit l’image est devenue de plus en plus nette. Jusqu’à ce que j’ai l’impression de voir pour la première fois les murs et les couloirs, les différents obstacles.
Soudainement un énorme mal de crâne me prend et me fait tomber par terre.

« Tu ne vas pas t’évanouir quand même ? »

Je n’ai pas le temps de répondre à Fae que déjà ma vue s’obscurcie. Au moment où je suis sur le point de sombrer, Juliette me mord la jambe.
Aussitôt, je rouvre les yeux sous la douleur juste assez rapidement pour voir Fae vider un sceau d’eau sur ma tête en prononça un « Ah ? » de surprise en voyant que j’avais les yeux ouverts. De la part de Juliette, je peux comprendre puisque cela faisait plus d’une dizaine de minutes que je ne m’étais pas occupé d’elle qui était déjà irritée par l’exercice, mais Fae a pris le temps de préparer un sceau au cas ou ça arriverait ?

« Hm, excuse-moi, mais ça commence à m’irriter que tu me fasses le coup à chaque fois. »

Je regarde Fae et Juliette à tour de rôle alors que ma tête continue de tourner. J’aimerais bien dire ce que je pense, mais je ne le ferai pas. Fae s’empresse alors d’aller retirer la plaque sur le mur comme si elle n’avait rien fait et directement je peux sentir à l’intérieur Micha qui se met en mouvement quand je lui dit de revenir. La sensation que je ressens quand elle bouge est différente de d’habitude, plus… profonde et détaillée.
Je prends un peu d’antidote que je sors de mon inventaire et demande à Juliette de revenir sur mon bras et lui dit qu’elle en a assez fait. J’hésite à modifier le contrat pour qu’elle ne puisse plus me mordre, mais je ne suis pas sûr que ce soit utile, après tout c’était utile pour me réveiller pendant les nuits d’entraînement avec Nerys. Je vais éviter de céder à mon irritation.

Fae me suggère alors de regarder mon statut et à l’intérieur je peux voir que « LV2 Contrat » et maintenant devenu « LV3 Pacte ». Je peux aussi voir que mon niveau de dresseur a augmenté jusqu’au LV20. Avant que je n’aie le temps de poser la question Fae me félicite.

« Bravo, tu as atteint le niveau suivant avec Micha. Alors pour l’effet, tu peux à présent partager la vue de Micha et en plus de ça, les ordres que tu lui donnes sont maintenant compris entièrement. Je ne pensais pas que tu y arriverais en une seule session, mais vu que Micha et toi sembliez très proches, j’imagine que ça ne devrait pas m’étonner. En attendant tu es arrivé à un point que peu de dresseurs prennent le temps d’atteindre. Cela signifie beaucoup pour quelqu’un qui est le dernier dresseur au pied de la tour. »

La première question que je lui pose alors est de savoir si je peux lui parler clairement sans avoir autant de difficulté. Fae répond par la négative.

  • Même si ce sera plus facile à partir de maintenant puisque le lien s’est encore renforcé, pour tout ce qui concerne les conversations au quotidien c’est encore hors de porté. En attendant, si tu dis à Micha d’aller à droite elle comprendra tout de suite ce que tu veux dire, ce qui diminue fortement le temps que tu passais auparavant à t’expliquer selon la complexité de l’ordre.
  • Ce qui veut dire que ça arrivera si je continue à progresser ?
  • Hm. Tout dépendra de toi et de la route que tu souhaites prendre. En tout cas, c’est fini pour aujourd’hui. Tu pourras revenir demain et continuer à t’entraîner avec Juliette. D’ici quelques sessions tu devrais pouvoir atteindre le même niveau avec elle, enfin si vous êtes sur la même longueur d’ondes. Pour l’instant essaye d’aider Micha à sortir du labyrinthe, ça te donnera une idée de ce que ça donne.

Après plusieurs minutes à me concentrer sur la carte, Micha finit par sortir du trou et se jette sur moi comme si je ne l’avais pas vu depuis des années. Je lui caresse la tête alors qu’elle s’accroche à ma chemise et l’aide à retourner dans sa poche où elle me regarde avec de grands yeux. A travers le lien, je peux sentir qu’elle est contente et j’ai l’impression que l’épisode du massacre de souris n’est plus présent dans ses pensées, ce qui me soulage énormément. A l’intérieur de ma tête j’essaye de partager à nouveau ma vision avec elle et c’est comme si un écran s’allumait et que j’avais une paire d’yeux en plus qui me permet de voir complètement à la place de Micha. Je dois dire que regarder Micha qui me regarde est très perturbant en plus d’être fatiguant. Je coupe la vision et dis à Fae que je vais y aller et que je la verrai demain.

Elle me raccompagne jusqu’à la sortie et me demande de revenir pour continuer l’entraînement et pas m’enfuir chez les assassins. Je lui fais un bref signe de main en souriant et passe la porte qui se referme doucement derrière moi. J’ai à peine le temps de faire quelques mètres que d’un seul coup quelqu’un m’attrape par l’épaule et me jette contre le mur.

« Désolé de t’interrompre mon petit, mais j’avais bien dis que ce n’était pas terminé. »

Devant moi se dresse le chevalier de tout à l’heure qui me relève un peu avant de me maintenir contre la paroi en me tenant par la gorge. A côté de lui se trouve deux autres personnes qui ont l’air d’être des chevaliers et portent la même armure que l’homme devant moi. Mon premier réflexe est de tendre le bras en direction de son visage. Autant je pouvais avoir de la retenue tout à l’heure en l’affrontant, autant ici j’ai bien compris que lui n’en aurait aucune. Juliette fonce vers son visage en jaillissant de ma manche, mais le chevalier sur ma droite réagit et attrape Juliette avant qu’elle n’ait pu faire quoi que ce soit.

« Oh, je vois que tu n’as pas juste une souris avec toi, intéressant. Enfin bref, je te laisse le choix. Soit tu meurs ici, soit tu m’affrontes dans l’arène en duel. »

Je ne comprends pas trop la situation, mais puisque Juliette s’est faite attraper, je peux sentir à travers le lien sa douleur et je me sens comme paralysé. Je n’aurais pas dû la faire attaquer comme ça et à l’intérieur de ma tête je peux revoir Nerys me disant que je suis faible alors qu’elle est assise sur moi et me fixe de ses yeux rouges avant mon premier entraînement.
J’aurais dû faire attention, à quoi est-ce qu’a servit mon entraînement toute la semaine dernière ? A me faire surprendre comme ça ? A mourir devant la porte de la classe des dresseurs comme un idiot incapable de se défendre ?

« Ne tue pas le serpent, je ne voudrais pas l’abîmer si je dois l’affronter. Alors gamin, qu’est-ce que tu en penses ? Mourir ou m’affronter ? Je préfère te le dire, mais se faire poignarder dans le ventre n’est pas une expérience que je te recommande. »

Je pense aussi fort à Cyrus que je peux, mais même s’il arrivait maintenant ça ne changerait rien. Devant moi, près de l’escalier je peux voir deux autres chevaliers qui bloquent l’accès à l’étage et donc une aide quelconque. Falco m’avait parlé du pied de la tour et de ses dangers et je me suis simplement relâché et j’ai oublié que je n’étais pas en sécurité ici.

« Je suis désolé que ça te retombe dessus, mais cette salope de Gardienne mérite de souffrir un peu. Honnêtement j’aurais voulu m’en prendre à elle directement, mais la tour ne fonctionne pas comme ça. Alors quelle est ta réponse ? La mort ou un duel ? »

Sous sa prise et à cause de la souffrance que je ressens à travers le lien. Je n’arrive pas à trouver de moyen de m’en sortir. Je ne veux pas mourir ici, c’est une certitude. Sa prise devient de plus en plus pressante jusqu’à ce que je le vois sortir un poignard de sa ceinture en murmurant un simple « dommage ».

  • U…un… Ghuu…duel…
  • Oh ! Il a choisi le duel !

Devant mes yeux, je peux voir apparaître une fenêtre qui ressemble à celle de mon statut et sur laquelle est marqué « Vous avez accepté un duel. La date sera donnée demain à la même heure. Ne pas se présenter au duel vous fera perdre votre liberté au profit de votre adversaire. Présentez-vous à l’heure précise sous peine d’être puni. »

Il relâcha ensuite la pression de sa main sur ma gorge et me laissa tomber par terre. Juliette se fit menaçante en étant toujours sur mon bras, mais je n’ai même pas la volonté d’essayer de me battre maintenant. Le chevalier rit quelques instants en regardant Juliette et s’écarte.
J’ai abandonné à la seconde où j’ai crains pour ma vie et au moment où j’ai vu Juliette se faire attraper et comprendre qu’elle était à deux doigts de la mort. C’est là que j’ai décidé de céder.

J’ai déjà perdu avant même de savoir ce que signifie cette histoire de duel. Pas besoin d’être un génie pour comprendre qu’ils ne m’auraient pas laissé le choix sinon.

Ils s’éloignent tous sans même jeter un regard dans ma direction et disparaissent dans les escaliers.

Je reste là, contre le mur à me demander ce qu’il va se passer maintenant.

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