Ballade sur les flots.

« Profite bien du spectacle »

Cyrus et moi venons juste de descendre un escalier amenant à un quai où se trouve une cloche accrochée à un poteau en bois quand il prononce cette phrase. Cyrus tend ensuite la main et fais résonner la cloche le plus fort possible. Au large du quai à plus d’un kilomètre de là, plusieurs bateaux à voile semblent fendre les flots dans plusieurs directions.

Alors que la cloche vient juste de sonner, au moins cinq bateaux se tournent automatiquement dans la direction du quai et semblent se précipiter dans cette direction en déployant leurs voiles.

« Les rangers n’aiment pas avoir de bateau à quai directement donc ils sont obligés de rester au large à attendre et dès que quelqu’un sonne la cloche c’est la course au client. Ça permet aussi d’être sûr de tomber sur un bon navire pour le voyageur même si ce n’est pas toujours le plus confortable. »

Tandis que Cyrus m’explique la situation, les bateaux un à un tentent des manœuvres différentes pour aller le plus vite possible vers le quai. La plupart sont de simples bateaux à une voile, mais l’un d’entre eux a l’air d’aller plus vite que les autres. Un trimaran fend les vagues en direction du quai sans se préoccuper des autres derrière lui qui sont dans de plus petites embarcations. A sa droite, un deux voiles minuscule à côté est en deuxième position. Les autres navires, en voyant l’avance que prennent les deux premiers ont soit déjà abandonné, soit continuent sans réelle conviction la course.
Etrangement le deux voiles a l’air de se rapprocher du trimaran en se servant d’un effet d’aspiration de l’eau par celui-ci pour avancer et gagne graduellement du terrain. Le trimaran commence à bouger dans la direction du deux voiles pour le heurter, mais celui-ci ralentit brusquement en changeant la direction de sa voile et passe derrière lui pour l’esquiver.
L’homme sur le deux voiles semble alors lancer quelque chose sur le trimaran et d’un seul coup celui-ci ralenti brusquement pendant que son capitaine se met à hurler.
Finalement le gagnant sera le deux voiles qui ralentit progressivement en s’approchant du quai tandis que les autres repartent au large.

  • Alala, quel frimeur ce gars. Utiliser un trimaran pour gagner une course pour deux clients, franchement. Bon messieurs, que puis je faire pour vous ? Je suis le capitaine de ce navire, la Windy. Elle n’est pas très confortable, mais elle sait faire les choses bien. Surtout quand je suis là pour l’aider.
  • Nous souhaiterions aller à la tour des voleurs si possible.
  • Pas de problème, ça fera trois pièces d’argent M’sieur le guide. Installez vous où vous voulez, mais faites attention à la voile. Le vent change de sens rapidement aujourd’hui.

Le bateau repart ensuite dans le sens inverse avec nous. Je n’étais jamais monté dans un bateau avant. La sensation est assez étrange et je garde la main fermement accrochée au rebord en bois. Au moins ça ne me rend pas malade, même si Micha n’est pas rassurée de son côté par les mouvements.

Alors que nous passons à proximité du trimaran celui-ci commence à hurler des jurons dans notre direction auquel le capitaine du Windy se contentera de répondre par un bras d’honneur. Apparemment le trimaran est immobilisé et semble en mauvais état.

« Désolé pour ça, mais s’il m’avait heurté avec un monstre pareil, il m’aurait coulé et aurait pu me tuer. Moi c’est Joe pour vous servir. Ne vous en faites pas pour lui, s’il a de quoi se payer un trimaran pour faire des courses au client, il a de quoi payer les réparations.
Je lui ai rendu la monnaie de sa pièce on va dire. Il suffit d’une corde avec un crochet et une ancre pour calmer ce genre de personne. »

Cyrus fait légèrement la tête en l’écoutant, mais j’imagine que c’est parce la façon de faire de Joe est discutable en matière de justice.
Joe de son côté a l’air de faire la trentaine est même si il est vêtu simplement d’une chemise et d’un pantalon en toile, sans autre équipement qu’un pistolet à silex à la ceinture il a l’air de savoir ce qu’il fait.
Il tient fermement le gouvernail à l’arrière du navire d’une main et une corde qui lui semble gérer la voile de l’autre. L’océan défile lentement tandis que le bateau passe au large d’une plage couverte d’arbres engloutis par l’eau et qui ont l’air de faire partie de la forêt qui se situe entre la tour des rangers et des druides. Le bateau voyage rapidement et le trajet se fait dans le silence.

La tour des pirates apparaît bientôt et Joe prend un large virage pour l’éviter, je ne comprends pas pourquoi il le fait, mais d’un seul coup je vois les quais : des centaines de quais. La tour des pirates semble atteindre le niveau de l’océan et fait office de port où à première vue des milliers de navires tous différents sont amarrés. Des deux mats, des navires orientaux, des goélettes, des jonques, et de plus gros encore comme les galions ou des navires de lignes à trois mâts. Joe semble étonné par mon admiration, mais Cyrus lui explique que je viens d’arriver dans la tour et que je n’ai pas eu le temps de tout voir.
Cyrus prend alors le temps de m’expliquer le fonctionnement de la classe de pirate avec les approbations de Joe de temps à autres.

« La classe de pirate te forme à maîtriser un navire et savoir faire ton chemin dans l’océan. Au début de la formation, tu deviens matelot sur un bâtiment commandé par ton instructeur et tu passes par tous les rôles avant d’avoir l’approbation de ton capitaine. Ensuite tu peux soit choisir de t’enrôler sur un navire qui a besoin d’équipage, soit t’acheter un navire de petite taille qui t’appartiendra. C’est une classe très difficile qui demande beaucoup de préparation mentale et physique, de connaissances et d’entretien. »

Joe rajoute que l’achat d’un galion est généralement stupide puisqu’il faut trouver un équipage d’une taille raisonnable pour naviguer et que c’est très difficile à faire. D’après ce qu’il me dit le point le plus difficile de la classe est de trouver un équipage et que certaines classes permettaient de s’en passer comme celle d’esclavagiste, de capitaine fantôme ou encore dans le même genre de capitaine nécromancien.
Il y a bien sûr les pistoliers qui sont dans la tour des pirates qui se laissent facilement recruter et en dernier recours il y a les guildes militaires.
D’après ce qu’il m’explique, tous les pays de la terre ont envoyer des militaires dans la tour qui se sont organisés en guildes dans la tour des pirates. Ils ont choisit cette tour puisqu’elle permet d’avoir accès à de la poudre à canon pour pouvoir fabriquer des balles pour les armes qu’ils ont ramenées et qu’ils fabriquent aussi sur place.

  • Mais s’ils ont des armes à feu, ils doivent avoir une sacrée avance dans la tour non ?
  • Bien sûr que non, ça détruirait le système de classe et l’on aurait plus qu’à distribuer des armes à feu à l’entrée en disant « bonne visite ». Il y a des régulations mises en place par la tour. Pour sûr, tu peux te défendre correctement avec une arme à feu moderne, mais en avoir une sur toi quand tu rentres dans un étage t’emmènes à des endroits où tu n’as pas envie d’être du tout. Ensuite il y a le fait qu’une arme à feu ne s’améliore pas, mais qu’un grimpeur avec les classes le peut. Tu peux tuer beaucoup de monde de bas niveau avec un flingue, mais à partir d’un certain niveau, les magiciens font des boucliers impénétrables, les armures bloquent les projectiles de ce genre et les monstres deviennent plus coriaces.

Il m’explique ensuite que rejeter le système de classe en se servant d’armes à feu modernes avait tendance à rendre la tour méchante sur l’endroit où tu te fais envoyer dans les étages. Des endroits avec une armée de monstre, en plein ouragan, dans le désert, sur un champ de bataille…

Le paysage défile encore et nous finissons par arriver à proximité de la tour des voleurs. La zone semble recouverte de bâtiments de tailles et de structures différentes rendant le coin labyrinthique et recouvert d’allées et d’impasses. Joe nous laisse sur un quai et avec un adieu repart en direction des flots.

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