La chasse est éternelle.

Je rentre dans la tour des rangers, tandis que les gens passent autour de moi. L’intérieur est gigantesque, la structure est en spirale autour d’un escalier central qui permet de rejoindre tous les étages de la tour. La tour elle-même est construite en pierre qui fait penser à une sorte de marbre sombre. Au centre du grand hall se trouve un arbre centenaire qui a l’air issu d’un monde fantastique et juste en bas de celui-ci se trouve une statue qui a l’air de représenter une déesse. La statue elle-même a l’air taillé dans de l’ivoire tellement le blanc semble pur. Elle semble avoir un visage doux et ferme à la fois sans être expressif et qui regarde droit devant elle. Elle est vêtue d’une sorte de toge longue. Dans sa main droite se trouve un arc tandis que dans la gauche est posé un hibou. La statue est installée de façon à ce qu’il soit pratiquement impossible de ne pas la voir dans le hall.

Sur le côté de la pièce Une sorte d’ascenseur a l’air d’être disponible pour monter dans les étages les plus hauts, mais je ne pense pas être concerné et me dirige vers ce qui ressemble à un accueil où je demande la direction pour devenir dresseur avant de m’y diriger. La plupart des gens que je croise ont des arcs et sont habillés comme des rangers comme la gravure à l’extérieur de la tour. Alors que j’avance des applaudissements commencent à retentir de plus en plus fort venant de la foule dans la tour et de tous les étages. C’est là que je vis les gens qui causaient cette agitation.

Le visage recouvert de terre et de crasse comme s’il venait de chasser pendant plusieurs semaines, les vêtements déchirés par endroit où couverts de sang, un groupe d’une quinzaine de rangers avance à l’intérieur de la tour suivi par une meute de loup. Certains ont des cicatrices sur le visage ou sont borgnes. D’autres ont l’air terriblement jeunes pour être dans ce groupe, plus jeunes que moi, et n’ont pas l’air en meilleur état que les autres.

La foule se rassemble pour les accueillir tout en leur laissant de la place pour les laisser passer. Les applaudissements semblent se rythmer peu à peu et en regardant au dessus de moi je peux voir qu’aux étages supérieurs les gens s’attroupent autour des rambardes et frappent du pied en faisant trembler la tour. Le spectacle est ahurissant, je ne sais pas qui ils sont, mais ici toutes les personnes qui semblent faire partie de la tour des rangers semblent les connaîtrent comme des héros. Le groupe s’arrête au milieu de la tour tandis que retentissent encore les applaudissements et les vibrations du sol. Un des membres du groupe semble sur le point de s’évanouir et est retenu par un des autres. Un homme à l’avant qui a l’air d’être le chef du groupe brandit son arc vers le ciel et les bruits d’acclamations et d’applaudissements augmentent encore de façon assourdissante. La tour entière semble répondre à chacun des gestes.

Plus tard j’ai appris que le groupe revenait du quinzième étage de la tour et que la coutume est de revenir tout de suite à la tour des rangers après chaque étage pour l’annoncer. La règle est apparemment immuable et s’applique à toute personne ayant comme classe principale une de celles de la tour des rangers. Le moment est d’autant plus important que le groupe a terminé le quinzième monde en trois mois alors que cela faisait plus d’un an que cet étage avait été atteint par plusieurs groupes sans que personne n’arrive à le passer.

C’est alors que le silence commence petit à petit à se faire depuis le haut de la tour. Dans les escaliers les gens mettent tous un genou à terre en laissant passer une femme. Elle est la version vivante de la statue présente dans le hall et rien qu’en la voyant cela ne fait aucun doute que malgré son physique elle n’est pas « humaine ». Ses yeux sont d’un vert électrique surnaturel, ses cheveux châtains et sa peau blanche sans aucune trace d’imperfection. Elle est à la fois magnifique et inatteignable. A sa simple vue je mets moi aussi un genou à terre comme toutes les personnes présentes autour de moi. Je ne sais pas pourquoi je le fais, mais mon corps agit malgré moi. Je jette un regard au groupe de rangers au centre du hall qui font eux aussi la même chose tant bien que mal pour certains qui avaient déjà du mal à tenir debout. Le silence est revenu dans la tour et personne ne semble pouvoir bouger.
La « Présence » puisque je ne sais même pas comment elle s’appelle, s’approche du chef du groupe et le fait se relever en se servant du bout de ses doigts et appelle les autres derrière lui à faire de même d’un simple geste de la main. C’est à ce moment que retentit sa voix haute et claire dans le hall après quelques instants de silence.

« Aujourd’hui est un jour à ne pas oublier, car les fils de la tour reviennent victorieux de leur chasse. Que chacun ici en soit témoin et célèbre cette victoire. Vous qui avez vaincu n’ayez aucune honte de vos faiblesses car elles vous rendent plus fort et sont un exemple pour tous. Je vous donne ma bénédiction rangers, puisse t-elle vous apporter du courage pendant vos périples. Et n’oubliez pas, la chasse est éternelle. »

Chacun ranger dans le hall se met alors à répéter cette dernière phrase. La femme décide alors de murmurer quelques mots au chef du groupe sans que je ne puisse entendre, mais sur ses mots celui-ci décide de s’agenouiller à nouveau tandis que les autres derrière lui font de même. L’instant semble durer une éternité jusqu’à ce que finalement la femme se transforme soudainement en oiseau gigantesque et s’envole en direction du haut de la tour. Pendant quelques instants pas un mot ni un mouvement ne prend la foule de gens tandis qu’elle contemple l’envol de cette « divinité ». Jusqu’à ce que finalement dans un nouveau rugissement se redresse la foule entière qui acclame une nouvelle fois le groupe de rangers.

Je ne sais pas trop quoi penser de la scène franchement. C’est un peu comme d’avoir assisté à quelque chose d’important sans pour autant savoir à quel point ça l’est. Moi-même après avoir vu ça j’ai presque envie de devenir un Ranger.
Le groupe de rangers part ensuite en direction de la sortie sans doute pour aller se soigner en emportant une partie de la foule avec eux. Le calme revient bientôt dans le hall même si des petits groupes continuent à discuter de ce qu’il vient de se passer.

De mon côté, je décide de me diriger vers la partie de la tour dédiée aux dresseurs sans plus attendre. Je demanderai des informations à Cyrus par rapport à tout ça.
C’est au deuxième étage que se trouve l’aile dédiée des dresseurs et pas une âme qui vive à l’horizon. Je trouve une double porte avec une gravure comme celle de l’entrée où une femme encapuchonnée tient entre ses mains une souris. Sans plus attendre j’ouvre et je rentre à l’intérieur et là en face de moi se dresse la personne qui va être mon professeur.

« Tu en as mis du temps. »

Je balbutie un simple bonjour alors que je me fais aborder par une inconnue. J’aimerais vraiment savoir pourquoi tout le monde est au courant quand j’arrive… Est-ce que cette femme est comme Cyrus qui apparaît dès que l’on a besoin de lui ? Est-ce que c’est un trait de caractère que partage toutes les personnes qui font partie du peuple de la tour ?

Bref. La femme devant moi est une sorte d’adulescente aux cheveux blonds en bataille et couverte d’une sorte de harnais en cuir faisant partie intégrante de sa tenue. Elle est plus petite que moi et me regarde fixement avec impatience tout en ayant un sourire aux lèvres. Elle me demande de la suivre et elle me conduit dans la pièce d’à côté.

« Je pourrais te faire un long discours sur ce que c’est d’être un dresseur et dans quoi tu t’engages, mais on va commencer par un exercice pratique vu que tu es en retard.»

C’est là qu’elle me pousse à l’intérieur d’une autre pièce, qu’elle entre et qu’elle ferme la porte à clé avant de la mettre dans une poche de sa chemise. Je regarde à l’intérieur de la pièce et je vois une cage avec plusieurs souris à l’intérieur. Il y a différents objets dans la pièce autres que la cage : De la nourriture, de l’eau dans une bassine, des jouets, la liste est longue. On dirait presque une sorte de vide grenier tellement la pièce est recouverte d’objets différents. Il y a aussi un lit vers lequel se dirige l’adulescente.

« Premier exercice. Dresse une souris. Si tu n’as pas envie de le faire il te suffit d’attendre la fin de ma sieste pour que je rouvre la porte ET n’essaye pas de venir prendre la clé sur moi sinon j’appelle la garde. Si vraiiiiiiiiment tu as besoin d’aide, je t’autorise à me réveiller une fois. Tu as toute la journée pour ça, bonne chance. »

Ensuite elle se couche dans le lit et semble s’endormir aussitôt.

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